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Près d'un an et demi après "Artefact" ( http://thedude524.vox.com/library/post/artefact-maurice-g-dantec.html ) Maurice G Dantec nous reviens avec un nouveau roman, un thriller futuriste envoûtant comme lui seul peut en écrire en France actuellement. Exilé au Québec, Dantec qui se dit lui-même "écrivain Nord Américain de langue française", nous prouve qu'il est en grande forme à l'heure de cette rentrée littéraire de Janvier 2009. A l'origine "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute" devait être une nouvelle, c'est le roman le plus court à ce jour de Maurice G Dantec avec moins de 250 pages, un exploit pour celui qui nous avait habitué à des formats de 700 -800 pages. Dans l'extrait de cette interview Dantec s'explique sur la génèse de ce nouveau roman : "Ce récit est né en 1996, peu de temps après la publication de la novella « Là où tombent les anges » dans un numéro spécial du Monde de septembre 1995. Patrick Raynal, alors directeur de la Série noire avait un projet d’ouvrage collectif centré autour de l’énigme de la mort du jazzman Albert Ayler, en 1970, sur les quais de New York. Si mes souvenirs son exacts le livre devait s’appeler « Les douze morts d’Albert Ayler », douze nouvelles donc, et il était demandé à chacun des membres du collectif, dont j’étais, d’écrire un récit conséquent, certes, mais néanmoins de taille raisonnable, pour telle date. La date venue, Patrick Raynal m’appela, légèrement inquiet, et avec raison. Je ne pourrais lui livrer la « marchandise » à temps. J’avais explosé tous les budgets. J’en étais à près de 150 pages, et j’étais loin d’avoir fini, je me dirigeais au mieux vers une
novella analogue à celle publiée quelques mois auparavant. Dans ma tête, mon second cerveau savait fort bien qu’il s’agissait d’un mensonge, dans le meilleurs des cas je m’en sortirais avec un roman de 250 pages. 12 ans plus tard en effet, le texte vint de nouveau se poser sous mon regard. Abandonné depuis, inachevé, il traînait dans un très vieux fichier planqué au fond du couloir à gauche près du microprocesseur. David Kersan le lut, et parvint à me convaincre que sa publication pourrait ne pas être inutile. En effet, cette novella inaboutie s’était à l’époque ouverte sur une année d’écriture pleine, pour un roman que j’empaquetais dans la poubelle au bout de 600 pages, sans même qu’il soit terminé. C’est de ce double échec que naquit la volonté d’écrire Babylon Babies, et il est clair que dernier roman emprunte aussi bien au manuscrit sauvé des limbes in extremis qu’à celui qui a été naufragé à tout jamais. J’ai bien sûr retouché certaines parties du texte, et plus important encore, je l’ai conduit à son terme, mais j’ai essayé de respecter au mieux le style volontairement « relâché » que j’avais employé lors de l’écriture initiale. Afin de rester au plus près du style et des structures narratives dont j’usais à l’époque, par simple souci de vérité, je suis resté fidèle à cette écriture « américaine » et « urbaine », mais sans la moindre ostentation argotique, avec le flux du parler imbriqué dans la narration objective, comme savent le faire si bien les grands maîtres de la littérature noire, à qui je voulais rendre tribut. Il y avait la volonté d’aller au bout de cette forme, en lui rendant hommage tout en la détruisant, de manière créative si possible". (http://www.mauricedantec.com/index2.php) Un roman qui vaut vraiment la peine qu'on le lise, une véritable réussite sélectionné fort logiquement dans les vingt-cinq livres incontournables de cette rentrée littéraire selon le "Monde des livres" (http://www.lemonde.fr/livres/article_interactif/2009/01/12/rentree-litteraire-vingt-cinq-livres-incontournables_1140920_3260.html). Vous pouvez sans crainte vous ruer sur ce nouveau livre de Maurice G Dantec "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute". L'histoire est la suivante, le long d'une autoroute qui file vers le sud, au.son d'un saxophone kamikaze, la cavale hallucinée d'un couple atteint par un étrange neurovirus qui connecte leur cerveau à la station Mir et à son Ange Gardien, le jazzman Albert Ayler. Un voyage au-delà de la réalité et de l'infini, entre états altérés de la conscience et phases de réadaptation. Nous sommes là en plein dans l'univers Dantec, apôtre du thriller SF. Il nous démontre avec ce livre qu'au delà de l'homme public qui sait être polémiste, Dantec est aujourd'hui l'un des plus grands écrivains français, alors si je n'ai qu'un conseil à vous donner mes ami(e)s c'est de lire Maurice G Dantec. Pour terminer cette note je reprendrai les mots du Point qui qualifie "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute" "de petit chef-d'oeuvre de début 2009". D'hors et déjà incontournable. Ma note :*****/5.Un livre très court de Gide publié en 1919, une histoire magnifique, celle d'un amour improbable et impossible entre une jeune femme aveugle et un pasteur protestant marié. Il est écrit sous la forme d'un journal de campagne tenu à la fin du XIXème siècle, le pasteur y raconte le bouleversement que va entraîner dans sa vie, sa rencontre avec cette jeune aveugle. Alors qu'elle est seule et sans ressource il la recueille chez lui. Il décide de lui apprendre le monde non pas tel qu'il est mais tel qu'il voudrait qu'il soit, selon les seuls préceptes de la Bible. Il s'appuie sur cette phrase de l'Évangile :"Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de pêché." Il est ici question de convenances, de la loi des hommes, et de celle que l'on prête à Dieu....La compassion, l'amour, la vie, les couleurs de notre monde... Le pasteur pour présenter les nuances de couleurs si prodigieusement différente, décide de l'emmener voir un concert où l'on joue la symphonie pastorale de Beethoven. C'est un livre magnifique tant sur le fond que sur la forme, un des plus beaux de l'auteur selon moi. Tristesse d'un homme qui "voit" la souffrance autour de lui mais qui semble ne pas pouvoir être suffisamment à l'écoute... la joie puis la mélancolie d'une jeune aveugle qui ne voit pas mais qui en se cultivant pressant la beauté mais aussi les malheurs de ce monde.
"Vous savez bien que je vous aime pasteur (...) Dites, pasteur, est-ce que vous trouvez que c'est mal ?" et lui de répondre "Le mal n'est jamais dans l'amour." Avant de s'interroger "Est-ce trahir le Christ, est ce diminuer, profaner l'Évangile que d'y voir surtout une méthode pour arriver à la vie bienheureuse ?"
(Elle) "Tout le bonheur que je vous dois me paraît reposer sur l'ignorance. (...) Je ne veux pas d'un pareil bonheur. Comprenez que je ne... Je ne tiens pas à être heureuse. Je préfère savoir. Il y a beaucoup de choses, de tristes choses assurément, que je ne puis pas voir, mais que vous n'avez pas le droit de me laisser ignorer. (...)" "Je ne peux pas cesser de vous aimer"....elle dit cela avant d'avoir retrouvé la vue..un changement qui la conduira tout droit vers sa perte..
(Le pasteur) "S'il est une limitation dans l'amour, elle n'est pas de Vous, mon Dieu, mais des hommes."
"J'aurais voulu pleurer, mais je sentais mon cœur plus aride que le désert."
La symphonie n°6 dite pastorale évoque le thème de la nature, le caractère champêtre de celle-ci qui plaisait tant àBeethoven. Elle fût composé entre 1805 et 1808. C'est la seule symphonie à programme de Beethoven musique subordonnée à un texte, que ce soit un poème, une légende...). En 1812 Beethoven rencontrera Goethe, les deux hommes s'admirent mais ne se comprennent pas, le compositeur trouve le poète "conseiller trop servile" et ce dernier voit Beethoven comme "une personnalité tout à fait indomptée."
Caroline Von Günterode (1780-1806) et Bettina Brentano (1785-1839) font partie de ses femmes poétesses qui ont marqué le Romantisme allemand. Elles étaient deux amies inséparables. Nous connaissons la lettre adressée à la mère de Goethe pour apprendre à ce dernier la mort tragique de Caroline Von Günterode. "Elle me lisait ses poésies et se réjouissait de mon approbation (...) Nous lisions Werther et nous discutions beaucoup sur le suicide." Caroline s'est suicidé en 1806 suite à un amour impossible, elle s'est poignardée. Sa devise était la suivante : "Beaucoup apprendre, beaucoup comprendre par l'esprit et mourir jeune ! Je ne peux pas voir la jeunesse m'abandonner." Elle écrivait à Bettina "Il te faut descendre dans le jardin enchanté de ton imagination ou plutôt de la vérité, qui se reflète dans l'imagination. Le génie se sert de l'imagination pour rendre sensible par la forme ce qui est divin et ce que l'esprit de l'homme ne saurait comprendre à l'état idéal. Oui, tu n'auras d'autres plaisirs dans ta vie que ceux que se promettent les enfants par l'idée de grottes enchantées et de fontaines profondes (...)" La réponse de Bettina est je trouve très belle : "Vis, jeune Günderode, ta jeunesse, c'est la jeunesse du jour, l'heure de minuit la fortifie (...). N'abandonnes pas les tiens, ni moi avec eux. Aie foi dans ton génie afin qu'il grandisse en toi et règne sur ton coeur et ton âme. Et pourquoi désespèrerais-tu ? (...) Comment peux tu pleurer ta jeunesse ? Je ne peux pas supporter tes divagations sur la vie et sur la mort...".
Caroline Von Günterode :
Oiseau feu de désir
Qui t'élances d'un coup d'aile
Vers un rayon de soleil
Hélas que peut bien te faire
Mon chant solitaire ?
Terre, ô ma mère ! et toi mon père, souffle du vent,
Et toi, feu, mon ami, et toi d'un même sang, ô fleuve
Et toi le ciel, mon frère, à tous je dis avec respect
Un amical merci, vous avec qui j'ai vécu ici-bas
Et maintenant que je m'en vais vers l'autre monde,
Vous quittant sans regret,
Adieu, frère et ami, père et mère, adieu !
Le romantisme est un mouvement européen qui se manifeste dans les lettres dès la fin du XVIIIème en Angleterre et en Allemagne, puis au XIXème en France, en Italie et en Espagne. Il se caractérise par une réaction du sentiment contre la raison ; cherchant l'évasion dans le rêve, dans l'exotisme ou le passé, il exalte le goût du mystère et du fantastique. Il réclame la libre expression de la sensibilité et prônant le culte du "moi", affirme son opposition à l'idéal classique.
Le roman de l'écrivain britannique Graham Green "La puissance et la gloire" se déroule au Mexique durant ce que l'on a nommé la Guerre des Cristeros (1926-1929). Un séjour au Mexique en 1937 lui inspira ce livre incroyable, le seul roman à thèse qu'il est écrit. Dès sa publication en 1940, ce roman fut considéré comme un chef d'oeuvre et un sommet des romans catholiques. Afin d'épouser la femme qu'il aimait il devînt catholique en 1926, et ne cessa alors de réfléchir sur le catholicisme, la foi, le dogme, le sens de notre existence, le bien et le mal. Un livre qui n'est pas sans me rappeller un autre chef d'oeuvre "Barabbas" qui valut à son auteur Pär Lagerkvist le prix nobel de littérature. Le clergé mexicain est persécuté par le gouvernement révolutionnaire. Il ne reste qu'un seul prêtre dont la vie est menacé à chaque instant, recherché par le pouvoir mexicain en place. Ce prêtre n'est pas ce que l'on appelle un modèle de sainteté : il boît trop, il a eu un enfant avec l'une de ses paroissiennes. Mais cet homme va donner sa vie "sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte", selon les mots de François Mauriac, auteur de la préface. Ce livre est profond, émouvant, magnifiquement écrit, on y voit un homme ivrogne, impur, un homme qui doute jusqu'au bout, implorant la miséricorde de Dieu face au supplice qui l'attend... Le roman monte crescendo, et l'on semble assister à la rédemption d'un homme qui se révèle dans des circonstances particulièrement difficiles. La force de ce roman c'est de ne pas présenter ce prêtre comme un exemple, Green nous présente un homme fait de chair et de sang, assaillit par la peur, le doute, capable d'accès de courage aussi, en somme un homme ordinaire face à des événements terribles. Une réflexion sur la religion, le sens du sacrifice, une démysthification du martyr tel qu'on l'a toujours vu depuis l'origine de l'Eglise. Les pages nous montrant cet homme seul dans sa cellule sont bouleversantes : (p.300) "Il se plaignait, lamentablement : tout cela est très bien... pour les saints (...), ensuite il se mit à pleurer, en se frappant doucement la tête contre le mur."
Ma note:*****/5.
J'ai souhaité apporter quelques précisions sur ce qui c'est déroulé lors de cette Guerre des Cristeros. Depuis 1917, la constitution mexicaine visait à réduire l'influence de l'Eglise catholique : les ordres monastiques furent interdit, l'enseignement sécularisé, l'exercice du culte en dehors des Eglises proscrit, les prêtres n'ont pas le droit de porter leurs habits religieux, perdent le droit de vote, et ont aussi l'interdiction de commenter les débats publics. Le président Elias Calles fait appliquer à partir de 1924, de manière très stricte les mesures anti-cléricales et fait voter d'autres lois anti-catholiques : un prêtre qui critique le gouvernement peut-être condamné à cinq années de prison. Face à cela, la Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse est créée en 1924. Le 11 juillet 1926, les évêques mexicains votent la suspension du culte public dans tout le pays et ils appellent au boycott économique du gouvernement : plus de transport public, grève des enseignants catholiques. En août 1926, des heurts éclatent entre les troupes fédérales et des catholiques retranchés dans l'église Notre-Dame de Guadalupe à Guadalajara, on dénombre de nombreuses victimes. Des représentants du mouvement catholique sont assassinés par le gouvernement. La rébellion catholique va être mené par Capristàn Garza, président de l'Association mexicaine de la jeunesse catholique. Pour lui "l'heure de la bataille a sonné" et "Dieu décidera de la victoire". Leur cri de guerre est "Viva Cristo Rey ! Viva la Virgen de Guadalupe !", Vive le Christ-Roi ! Vive la Vierge de Guadalupe ! Le conflit va durer jusqu'en 1929. Les insurgés sont victimes d'une répression sauvage, les colonnes infernales du général Ferrerira mettent à feu et à sang le nord du Jalisco. Des dizaines de milliers de paysans sont rassemblés dans des camps de concentration. En juin 1929, un compromis est trouvé entre l'Eglise et le Gouvernement fédéral : les prêtres reprennent les célébrations des offices suspendues depuis trois ans, le catéchisme peut reprendre. En 1933, le pays ne compte que 197 prêtres autorisés à officier. Le pape Jean Paul II a béatifié et canonisé 34 prêtres et laïcs mexicains.
Joseph Boyden est un écrivain canadien qui signe ici son premier roman "Le Chemin des âmes". Un très jolie titre
pour un roman éblouissant de maîtrise, où Boyden nous replonge dans le chaudron de la première guerre mondiale, en s'intéressant tout particulièrement aux Amérindiens Crees qui combattirent dans les tranchées françaises pendant quatre longues années. Les Crees vivent au Canada, plus particulièrement dans la province de l'Ontario. Lorsque le conflit éclate en août 1914, le Canada rejoint la coalition qui au côté de la Grande Bretagne et de la France combat l'Allemagne. Plus de 4000 soldats amérindiens se sont engagés volontairement dans l'armée canadienne, affrontant les forces allemandes dans les tranchées du nord de la France, notamment lors de la bataille décisive de Vimy. "Le Chemin des âmes" est un vibrant hommage à ces hommes, oubliés de l'histoire, martyrs d'une cause qu'ils ne comprenaient pas toujours. Boyden s'est inspiré pour l'écriture de ce roman, de l'histoire vécue de Francis Pegahmagabow, un tireur d'élite cree qui aurait tué à lui seul 400 soldats allemands. "Le Chemin des âmes" c'est l'histoire de deux amis inséparables, deux Amérindiens Elijah et Xavier qui décident de s'engager dans l'armée canadienne, de quitter leur forêt natale de l'Ontario où il vivait avec la tante de Xavier, du produit de leur chasse. Ce roman nous montre la difficulté pour ces Amérindiens d'être accepté dans la société canadienne, leur pauvreté, le rejet de leurs coutumes, la "trahison" des idéaux ancestraux au nom d'une acceptation de la modernité. Xavier symbolise ces Amérindiens qui souhaitèrent conserver leur sagesse ancestrale, alors que Elijah lui choisit d'abandonner cette part de lui-même pour revêtir les habits d'un autre, la langue anglaise. Un récit poignant sur la guerre dévoreuse d'hommes et surtout d'âmes, que se soit celle des morts bien évidemment mais aussi celle des survivants. Le récit débute en 1919, lorsqu'arrive un jeune homme gravement blessé dans une gare de l'Ontario, mais celui qui descend du train devrait-être mort....l'Amérindienne qui attend sur le quai de la gare, découvre un Xavier métamorphosé et marqué d'une trace indélébile, celle du survivant revenu des confins de l'Enfer... C'est le destin tragique de ces deux jeunes hommes, Elijah et Xavier, qui est raconté sous forme de flash-back. Xavier remonte une rivière de l'Ontario en canoë en compagnie de sa tante, les souvenirs l'assaillent, la douleur du corps meurtri, amputé d'une jambe et l'âme... sur laquelle pèse tout le poids de la culpabilité.. Drogué par la "médecine", nom donné à la morphine dans le roman, Xavier erre entre la vie et la mort sur ce "Chemin des âmes"... Rarement l'enfer des tranchées n'aura été aussi bien décrite, l'absurdité des ordres, la corruption des âmes, le lent processus de déshumanisation qui vise à transformer l'homme en un être uniquement animé par ses pulsions....tuer pour vivre, vivre pour tuer... tel est ce terrible paradoxe de la vie des tranchées pendant la première guerre mondiale. Le style de l'écriture est absolument sublime, l'histoire passionnante nous fait vivre l'enfer, tout en nous donnant à lire de pures moments de grâce, l'amour, l'amitié, la vie, la mort, l'âme... ce basculement tout au long du récit, d'un monde à l'autre, des boucheries de "l'Europe civilisée" au monde des forêts et des esprits des nations amérindiennes canadiennes, un monde qui s'effrite et tombe peu à peu dans l'oubli. Un livre qui permet de nous interroger sur ce qui fonde nos civilisations dites "civilisées", peut-on traverser l'enfer sans perdre son âme ? Un roman d'une force incroyable, entrer dans le monde de Boyden et suivez-le sur le "Chemin des âmes", un livre qui vous hantera pendant longtemps. Ma Note:*****/5.
Un lien passionnant sur la participation du Canada à la Première guerre mondiale :
http://www.vac-acc.gc.ca/remembers_f/sub.cfm?source=history/firstwar/canada
Giosuè CALACIURA est sicilien, né à Palerme en 1960. Il est journaliste et écrivain pour le théâtre et la radio.
Certains le connaissent peut-être pour son précédent roman "Passes noires" qui avait été finaliste de l'un des prix littéraires italiens les plus prestigieux, le Campiello. "Malacarne" est le titre de ce nouveau livre signé Calaciura. Dans ce roman, il nous fait découvrir la mafia sicilienne telle que nous ne la voyons jamais. Le titre "malacarne" fait référence à un terme palermitain que l'on utilise pour désigner un petit tueur de la mafia, un truand qui s'occupe des basses-oeuvres. Malacarne c'est un roman sur la mafia qui ne ressemble à aucun livre sur la mafia. "Nous n'étions plus rien", tels sont les premiers mots de ce court roman de 174p. qui nous entraîne au coeur des méandres de la pieuvre. Le narrateur se lance dans un long monologue incantatoire, le récit d'un homme qui se sait condamné et qui décide de raconter sa propre vie à un juge qui pourrait-être devant lui à l'écouter ou à l'interroger. Tout au long du roman, une apostrophe récurrente et lancinante revient sans cesse : "nous n'étions plus rien monsieur le juge". A travers ce personnage, c'est toute l'histoire de la mafia sicilienne de ces cinquantes dernières années qui défilent sous nos yeux, de nombreuses allusions à des événements bien précis de l'histoire sicilienne émaille le récit, la culture, les mots, les couleurs de la Sicile défilent sous nos yeux. L'écriture est superbe, poétique, mythologique, fantasmagorique et incantatoire. Le réel et l'imaginaire se mêlent dans un récit où l'on sent poindre la folie de cet homme, acteur et témoin de ses luttes fratricides sans fin, de ses combats de clans jusqu'à l'anéantissement et l'autodestruction. Encore une fois, le langage poétique de l'auteur est une pure merveille, la traduction est riche et rend justice à ce formidable roman qu'est "Malacarne", ce n'est pas une surprise connaissant la qualité des éditions de la maison des Allusifs. C'est une littérature exigeante mais qui dévoile des charmes immenses, le plaisir de découvrir la Sicile d'une autre façon. Ce livre est sorti est février 2007 dans un presque anonymat, les Allusifs n'ayant pas le pouvoir médiatique des grandes maisons d'édition, mais c'est un livre que je vous recommande vivement, un petit livre par sa longueur, mais un très grand livre sur le plan de l'écriture et de l'émotion qu'elle procure. N'est ce pas là ce que l'on demande à la littérature ?
Voici pour terminer un court extrait du livre qui résume, je pense, l'esprit de "Malacarne":
"Nous n'étions plus rien, monsieur le juge, mais nous étions habiles et spuntuliddi, de vrais petits durs, poussés comme des bois tordus, égratignant notre âme chaque jour aux aspérités de la survie. Alors nous les nivelions, monsieur le juge, avec le rabot de notre sourire grossier parce que nous n'avions rien d'autre à perdre que le malheur d'être nés (...)."
Note:*****/5.
Les amateurs de ce génial écrivain vont se régaler. "Artefact" se compose de trois récits formant une "Trinité" : "Vers le nord du ciel", "Artefact" et enfin "Le monde de ce prince". Le premier texte a pour toile de fond le "ground zero", les attentats du 11 septembre contre les deux tours du World Trade Center. Un extra-terrestre ou un schizophrène (on ne le saura jamais vraiment) décide de sauver une petite fille prisonnière d'une des deux tours; par la suite, ils seront tous deux poursuivis par de mystérieux "hommes en noirs". Un premier récit très agréable à lire, mêlant science fiction et émotion. Le second texte, qui a donné son titre au livre, est certainement celui qui partagera le plus les lecteurs. Les critiques de l'oeuvre de Dantec souligneront l'aspect inepte de certains passages, l'absence d'intrigue, alors que d'autres y verront un texte philosophique sur le rôle de l'écrivain, le sens de l'écriture, l'origine de l'inspiration, Dieu et la réflexion sur la Révélation. Certes il ne faut pas se le cacher, ce texte est difficile à appréhender, les références sont nombreuses mais les dernières pages de ce "mini-roman" sont superbes et justifient à elles seules l'effort de lecture. Dantec y parle notamment de Grégoire de Nysse un théologien catholique du IVème siècle, abordant la difficile question de " l'habitation de la Trinité dans l'âme par la grâce ". Dieu apparaît à Moïse dans la lumière, puis dans la nuée, enfin Moïse contemple Dieu dans "la ténèbre" (écrit comme ceci dans le livre). Nous avons là la source de l'inspiration de Dantec pour l'écriture de ces trois "mini-romans". Selon Grégoire de Nysse, l'âme doit emprunter trois grandes voies principales afin de s'élever :
- La première voie, celle de la lumière s'adresse aux nouveaux initiés (qui inspire le texte "Vers le nord du ciel" ). Elle s'oppose aux ténèbres de la Chute.
- La seconde voie est celle de la connaissance de Dieu dans le miroir de l'âme. C'est une expérience directe de la grâce, de la "présence" divine (qui inspire "Artefact" ). Le fondement de cette expérience c'est précisément la troisième voie.
- La troisième voie est celle de la connaissance de Dieu dans et par "la Ténèbre" (qui inspire le texte "Le monde de ce prince" ). Ce dernier texte est habité d'une violence qui n'est pas sans nous rappeller les meilleurs moments de son chef d'oeuvre "Les racines du mal". Certainement le plus réussit des trois, le plus troublant aussi, tant son propos va à l'encontre des systèmes de pensée généralement admis par la "bien-pensance".
Vous l'aurez compris, Maurice G Dantec dénote terriblement avec le reste de la production littéraire française : sur la forme, avec un style d'écriture exigeant mêlant théologie, philosophie, politique mais aussi bien sûr Science Fiction, des livres imposant (encore que ce dernier soit plus court qu'habituellement, avec tout de même 580p.) qui tranche avec les romans de moins de 200 p. si courant en cette rentrée littéraire. Mais Dantec dénote aussi (et surtout) sur le fond, par les idées qu'il défend, le courage de ses prises de position, son attitude si particulière dans les médias. Quoi qu'il en soit, tout cet aura sulfureux qui entoure chacune des apparitions de l'écrivain, ne doit pas faire oublier que Maurice G Dantec est l'un plus grands écrivains actuel en langue française. Ne pas lire Dantec, sous prétexte de désaccord politique serait une erreur, vous passeriez à côté de grands livres.
Alors pour conclure, si je n'ai qu'un conseil à vous donner, c'est de lire "Artefact" afin de vous forger une opinion par vous même, en faisant fi de l'image du Dantec polémiste, pour ne retenir que celle de l'écrivain de génie qu'il est, de visionnaire.
Note: **** /5.
Jésuite français, né le 25 mars 1593, à Condé-sur-Vire, Jean de Brébeuf débarque en Nouvelle France en 1625. Il séjournera vingt années dans le Nouveau Monde, dont quinze parmi les Hurons. Ce missionnaire catholique, mystique et ethnologue, nous a laissé sa longue correspondance écrite à ses supérieurs demeurés en France. Dans ces lettres, Jean de Brébeuf nous conte la vie qu'il a mené durant ces longues années au coeur du peuple Huron. Il est le témoin précieux d'une culture aujourd'hui disparue. Jean de Brébeuf s'inscrit dans la tradition jésuite d'évangélisation, mais ces lettres sont dénuées de préjugés sur les Amérindiens. Il observe et il note scurpuleusement dans ces écrits, les moindres détails de la vie des Hurons au XVIIème siècle. Il s'installera chez eux à trois reprises pour plusieurs années: de 1626 à 1629, de 1634 à 1641, et enfin, de 1644 au 16 mars 1649, date de sa mort. Il maîtrisait parfaitement la langue huronne. Le 16 mars 1649, il est capturé au cours d’une attaque iroquoise. Il préfère demeurer avec ses fidèles au lieu de s’échapper. Emmené au campement iroquois, il est accueilli par une pluie de pierres, bâtonné et lié au poteau de torture. On lui verse de l’eau bouillante sur la tête dans une parodie de baptême, un collier de cognées de tomahawks chauffées à blanc est passé autour de son cou et un fer rouge lui est enfoncé dans la gorge sans qu’il pousse un seul gémissement. Il meurt en martyr sur le bûché. Le feu a été allumé sous lui et son corps lacéré de coups de couteaux. A sa mort, son cœur a été arraché et mangé. Dans les semaines qui suivent, la Huronie s'écroule. C'est un livre passionnant qui nous permet de mieux appréhender la culture huronne,
mais également de voir comment l'on menait la politique d'évangélisation dans ces terres du Nouveau Monde.
A recommander. Note: *****/5.
-Brébeuf de (Jean), "Ecrits en Huronie", bibliothèque québécoise, 2003, 359 p.
Autre ouvrage passionnant sur ce thème, celui d'un autre missionnaire français du XVIIème siècle Gabriel Sagard :
-Sagard (Gabriel), "Le grand voyage du pays des Hurons", bibliothèque québécoise, 1999, 270 p.
L'écrivain Etienne Pivert de Senancour (1770-1846) disait de ce chef d'oeuvre de Goethe paru en 1774: "La mélancolie des grandes passions s'est inoculée en moi par ce livre. J'ai touché avec lui au fond de l'abîme humain. (...) Il faut avoir dix âmes pour s'emparer ainsi de celle de tout un siècle". Ce roman épistolaire a marqué son temps et à conféré à son auteur, alors âgé de 25 ans, une incroyable renomée dans toute l'Europe. Napoléon Bonaparte lui-même, dira l'avoir lu sept fois, avant de rencontrer son auteur à Erfurt, le 2 octobre 1808. Goethe inspira également, toute une génération d'écrivains romantiques, de Chateaubriand à Benjamin Constant (avec son célèbre Adolphe). Le Romantisme, est un mouvement artistique et littéraire, qui se caractérise par la primauté donnée à la passion sur la raison, un amour profond de la nature et une hypertrophie du moi. Goethe a dans Werther exalté le sentiment de la nature et les élans de la passion. Il nous offre un roman profondément sensible, où tous les aspects les plus intimes du sentiment amoureux n'ont jamais été aussi bien décrits. C'est aussi un livre au climat de plus en plus pesant, au fur et à mesure que le jeune Werther, s'enfonce dans les méandres de la dépression avant de commettre, se qu'il perçoit comme un moyen de mettre fin à sa souffrance. Les descriptions de la nature sont sublimes et confèrent au lecteur un sentiment de profonde mélancolie (cf. la lettre du 10 mai 1771 et celle beaucoup plus sombre du 18 août 1771). L'histoire d'une passion amoureuse destructrice du jeune Werther pour une fille de notable, charlotte, fiancée à un autre homme.
Je vous recommande la lecture de ce texte immense et indémodable, qui contient de pures moments de grâce. Un bon moyen de découvrir l'oeuvre de Goethe ( à un prix modique -3 euro).