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Près d'un an et demi après "Artefact" ( http://thedude524.vox.com/library/post/artefact-maurice-g-dantec.html ) Maurice G Dantec nous reviens avec un nouveau roman, un thriller futuriste envoûtant comme lui seul peut en écrire en France actuellement. Exilé au Québec, Dantec qui se dit lui-même "écrivain Nord Américain de langue française", nous prouve qu'il est en grande forme à l'heure de cette rentrée littéraire de Janvier 2009. A l'origine "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute" devait être une nouvelle, c'est le roman le plus court à ce jour de Maurice G Dantec avec moins de 250 pages, un exploit pour celui qui nous avait habitué à des formats de 700 -800 pages. Dans l'extrait de cette interview Dantec s'explique sur la génèse de ce nouveau roman : "Ce récit est né en 1996, peu de temps après la publication de la novella « Là où tombent les anges » dans un numéro spécial du Monde de septembre 1995. Patrick Raynal, alors directeur de la Série noire avait un projet d’ouvrage collectif centré autour de l’énigme de la mort du jazzman Albert Ayler, en 1970, sur les quais de New York. Si mes souvenirs son exacts le livre devait s’appeler « Les douze morts d’Albert Ayler », douze nouvelles donc, et il était demandé à chacun des membres du collectif, dont j’étais, d’écrire un récit conséquent, certes, mais néanmoins de taille raisonnable, pour telle date. La date venue, Patrick Raynal m’appela, légèrement inquiet, et avec raison. Je ne pourrais lui livrer la « marchandise » à temps. J’avais explosé tous les budgets. J’en étais à près de 150 pages, et j’étais loin d’avoir fini, je me dirigeais au mieux vers une
novella analogue à celle publiée quelques mois auparavant. Dans ma tête, mon second cerveau savait fort bien qu’il s’agissait d’un mensonge, dans le meilleurs des cas je m’en sortirais avec un roman de 250 pages. 12 ans plus tard en effet, le texte vint de nouveau se poser sous mon regard. Abandonné depuis, inachevé, il traînait dans un très vieux fichier planqué au fond du couloir à gauche près du microprocesseur. David Kersan le lut, et parvint à me convaincre que sa publication pourrait ne pas être inutile. En effet, cette novella inaboutie s’était à l’époque ouverte sur une année d’écriture pleine, pour un roman que j’empaquetais dans la poubelle au bout de 600 pages, sans même qu’il soit terminé. C’est de ce double échec que naquit la volonté d’écrire Babylon Babies, et il est clair que dernier roman emprunte aussi bien au manuscrit sauvé des limbes in extremis qu’à celui qui a été naufragé à tout jamais. J’ai bien sûr retouché certaines parties du texte, et plus important encore, je l’ai conduit à son terme, mais j’ai essayé de respecter au mieux le style volontairement « relâché » que j’avais employé lors de l’écriture initiale. Afin de rester au plus près du style et des structures narratives dont j’usais à l’époque, par simple souci de vérité, je suis resté fidèle à cette écriture « américaine » et « urbaine », mais sans la moindre ostentation argotique, avec le flux du parler imbriqué dans la narration objective, comme savent le faire si bien les grands maîtres de la littérature noire, à qui je voulais rendre tribut. Il y avait la volonté d’aller au bout de cette forme, en lui rendant hommage tout en la détruisant, de manière créative si possible". (http://www.mauricedantec.com/index2.php) Un roman qui vaut vraiment la peine qu'on le lise, une véritable réussite sélectionné fort logiquement dans les vingt-cinq livres incontournables de cette rentrée littéraire selon le "Monde des livres" (http://www.lemonde.fr/livres/article_interactif/2009/01/12/rentree-litteraire-vingt-cinq-livres-incontournables_1140920_3260.html). Vous pouvez sans crainte vous ruer sur ce nouveau livre de Maurice G Dantec "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute". L'histoire est la suivante, le long d'une autoroute qui file vers le sud, au.son d'un saxophone kamikaze, la cavale hallucinée d'un couple atteint par un étrange neurovirus qui connecte leur cerveau à la station Mir et à son Ange Gardien, le jazzman Albert Ayler. Un voyage au-delà de la réalité et de l'infini, entre états altérés de la conscience et phases de réadaptation. Nous sommes là en plein dans l'univers Dantec, apôtre du thriller SF. Il nous démontre avec ce livre qu'au delà de l'homme public qui sait être polémiste, Dantec est aujourd'hui l'un des plus grands écrivains français, alors si je n'ai qu'un conseil à vous donner mes ami(e)s c'est de lire Maurice G Dantec. Pour terminer cette note je reprendrai les mots du Point qui qualifie "Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute" "de petit chef-d'oeuvre de début 2009". D'hors et déjà incontournable. Ma note :*****/5.
-Quelques citations extraites du tome 2 du théâtre des opérations "Laboratoire de catastrophe générale" qui, même si je ne suis pas d'accord avec toutes les positions politiques de Dantec, ont au moins ce mérite de faire réfléchir les esprits libres. Bien entendu, ces citations sont à prendre pour ce qu'elles sont, pour plus de détails je renvoie à la lecture du présent ouvrage.
-Politique : DANTEC (M.G.)"le goulag reste étranger au devoir de mémoire" (p.89) -"Les bourreaux nazis que le sacro-saint "devoir de mémoire" nous oblige sans cesse à clouer au pilori, tandis que croupissent encore dans les charniers et les fosses communes de l'histoire, les victimes du socialisme bolchevique qui comirent l'erreur funeste de mourir pour le compte d'une utopie et non d'un vulgaire racisme." (p.75) -"L'homme schizophrène du XXIème siècle, ce phraséologue martelant sans fin ses diatribes contre la pensée unique, dont à chaque mot prononcé il enfonce un peu plus le clou." (p.104) -"Dans ces considérations pour la France, Joseph de Maistre établit le plus violent portrait qu'il m'ait donné de lire au sujet de la Révolution française, de ce suicide politique général que l'acte régicide avait initié et qui plongea la nation (...) dans le cloaque de la démocratie bourgeoise." (p.162) -"Derrière tout anarchiste se cache un autocrate." (p.47) -"La peine de mort devrait être une limite absolue, un sacrifice qui sanctionne un crime hors du (droit) commun. Son abolition fut une lâcheté, sa banalisation est une folie." (p.37) -
-Science fiction, littérature : ORWELL (G.) "le visage du futur ? une bouche écrasée par une botte" - DANTEC (M.G.) "le livre est une arme à silencieux" (p.124) -"La médiocrité d'une époque est proportionnelle au volume des poètes qu'elle voue au néant." (p.47) -"Nous ne pouvons toujours pas, nous autre, invoquer l'exercice illégal de la littérature. Un livre ne tue pas me direz-vous ? (...) Comment pourriez-vous assurer qu'un tel succès obscène n'est pas en train de tuer un ou deux écrivains géniaux qui croupissent quelque part dans la misère et la solitude, et dont on refuse systématiquement les manuscrits, quand ils prennent la peine de les envoyer aux maisons d'éditions ?" (p.46)- "Un vrai écrivain, c'est un homme qui connaît les choses et qui les connaît trop pour pouvoir en parler alors il écrit." -"Nos bibliothèques personnelles se constituent dans l'ombre (...), dans l'attente du jour où elles devendront les arsenaux de l'Armageddon." (p.348) -"La science fiction s'avère aujourd'hui la seule littérature susceptible de devenir la littérature générale de demain, au cas où elle ne le serait pas déjà devenue aujourd'hui (...) Assumer son rôle d'auteur de science fiction c''est se condamner à la reconnaissance posthume. Notre art, notre alchimie consiste aussi à produire ce futur (...) bref nous nous institutons en Laboratoire de catastrophe générale" (p.620) -DICK (P.K.) "Je suis vivant et vous êtes mort" (Ubik) - DRIEU LA ROCHELLE "Un livre est un objet qui devrait être goûté ou jugé dans un isolement du monde, comme un témoignage perdu, une bouteille à la mer, un fragment d'humanité sans nom; en dehors du temps, du lieu, de la personne." (p.326) -
-Autres : DANTEC (M.G.) "Nous sommes entrés dans la nuit, la nuit et son horizon d'étoiles, voici le coeur de notre prochain royaume." (p.52) -"Je suis sûr au moins de cela : au XXIème siècle, les esprits libres devront se terrer dans des souterrains" (p.247) -"La fraternité est faite pour nous imposer tous ces frères que nous n'avons pas choisis. Elle consiste à vouloir fondre dans la gargouille collective toute individualité." (p.170) "L'amour c'est quand l'autre vous suit même quand vous vous perdez" (p.665) -"Lorsque l'on est vraiment différent, on fait tout pour camoufler aux yeux des autres ce troublant mystère. C'est lorsque l'on est un petit clone reproductible à la chaîne que l'on clame bien fort sa "différence" (p.527) -"Ne jamais ouvrir les abysses de la vérité à qui n'est pas en mesure de s'y perdre et d'en revenir" (p.524) -MURRAY (P.) "le dernier homme : l'Homo festivus" -HUXLEY (A.) "penser c'est agir autant qu'on peut." -
Les amateurs de ce génial écrivain vont se régaler. "Artefact" se compose de trois récits formant une "Trinité" : "Vers le nord du ciel", "Artefact" et enfin "Le monde de ce prince". Le premier texte a pour toile de fond le "ground zero", les attentats du 11 septembre contre les deux tours du World Trade Center. Un extra-terrestre ou un schizophrène (on ne le saura jamais vraiment) décide de sauver une petite fille prisonnière d'une des deux tours; par la suite, ils seront tous deux poursuivis par de mystérieux "hommes en noirs". Un premier récit très agréable à lire, mêlant science fiction et émotion. Le second texte, qui a donné son titre au livre, est certainement celui qui partagera le plus les lecteurs. Les critiques de l'oeuvre de Dantec souligneront l'aspect inepte de certains passages, l'absence d'intrigue, alors que d'autres y verront un texte philosophique sur le rôle de l'écrivain, le sens de l'écriture, l'origine de l'inspiration, Dieu et la réflexion sur la Révélation. Certes il ne faut pas se le cacher, ce texte est difficile à appréhender, les références sont nombreuses mais les dernières pages de ce "mini-roman" sont superbes et justifient à elles seules l'effort de lecture. Dantec y parle notamment de Grégoire de Nysse un théologien catholique du IVème siècle, abordant la difficile question de " l'habitation de la Trinité dans l'âme par la grâce ". Dieu apparaît à Moïse dans la lumière, puis dans la nuée, enfin Moïse contemple Dieu dans "la ténèbre" (écrit comme ceci dans le livre). Nous avons là la source de l'inspiration de Dantec pour l'écriture de ces trois "mini-romans". Selon Grégoire de Nysse, l'âme doit emprunter trois grandes voies principales afin de s'élever :
- La première voie, celle de la lumière s'adresse aux nouveaux initiés (qui inspire le texte "Vers le nord du ciel" ). Elle s'oppose aux ténèbres de la Chute.
- La seconde voie est celle de la connaissance de Dieu dans le miroir de l'âme. C'est une expérience directe de la grâce, de la "présence" divine (qui inspire "Artefact" ). Le fondement de cette expérience c'est précisément la troisième voie.
- La troisième voie est celle de la connaissance de Dieu dans et par "la Ténèbre" (qui inspire le texte "Le monde de ce prince" ). Ce dernier texte est habité d'une violence qui n'est pas sans nous rappeller les meilleurs moments de son chef d'oeuvre "Les racines du mal". Certainement le plus réussit des trois, le plus troublant aussi, tant son propos va à l'encontre des systèmes de pensée généralement admis par la "bien-pensance".
Vous l'aurez compris, Maurice G Dantec dénote terriblement avec le reste de la production littéraire française : sur la forme, avec un style d'écriture exigeant mêlant théologie, philosophie, politique mais aussi bien sûr Science Fiction, des livres imposant (encore que ce dernier soit plus court qu'habituellement, avec tout de même 580p.) qui tranche avec les romans de moins de 200 p. si courant en cette rentrée littéraire. Mais Dantec dénote aussi (et surtout) sur le fond, par les idées qu'il défend, le courage de ses prises de position, son attitude si particulière dans les médias. Quoi qu'il en soit, tout cet aura sulfureux qui entoure chacune des apparitions de l'écrivain, ne doit pas faire oublier que Maurice G Dantec est l'un plus grands écrivains actuel en langue française. Ne pas lire Dantec, sous prétexte de désaccord politique serait une erreur, vous passeriez à côté de grands livres.
Alors pour conclure, si je n'ai qu'un conseil à vous donner, c'est de lire "Artefact" afin de vous forger une opinion par vous même, en faisant fi de l'image du Dantec polémiste, pour ne retenir que celle de l'écrivain de génie qu'il est, de visionnaire.
Note: **** /5.
Jésuite français, né le 25 mars 1593, à Condé-sur-Vire, Jean de Brébeuf débarque en Nouvelle France en 1625. Il séjournera vingt années dans le Nouveau Monde, dont quinze parmi les Hurons. Ce missionnaire catholique, mystique et ethnologue, nous a laissé sa longue correspondance écrite à ses supérieurs demeurés en France. Dans ces lettres, Jean de Brébeuf nous conte la vie qu'il a mené durant ces longues années au coeur du peuple Huron. Il est le témoin précieux d'une culture aujourd'hui disparue. Jean de Brébeuf s'inscrit dans la tradition jésuite d'évangélisation, mais ces lettres sont dénuées de préjugés sur les Amérindiens. Il observe et il note scurpuleusement dans ces écrits, les moindres détails de la vie des Hurons au XVIIème siècle. Il s'installera chez eux à trois reprises pour plusieurs années: de 1626 à 1629, de 1634 à 1641, et enfin, de 1644 au 16 mars 1649, date de sa mort. Il maîtrisait parfaitement la langue huronne. Le 16 mars 1649, il est capturé au cours d’une attaque iroquoise. Il préfère demeurer avec ses fidèles au lieu de s’échapper. Emmené au campement iroquois, il est accueilli par une pluie de pierres, bâtonné et lié au poteau de torture. On lui verse de l’eau bouillante sur la tête dans une parodie de baptême, un collier de cognées de tomahawks chauffées à blanc est passé autour de son cou et un fer rouge lui est enfoncé dans la gorge sans qu’il pousse un seul gémissement. Il meurt en martyr sur le bûché. Le feu a été allumé sous lui et son corps lacéré de coups de couteaux. A sa mort, son cœur a été arraché et mangé. Dans les semaines qui suivent, la Huronie s'écroule. C'est un livre passionnant qui nous permet de mieux appréhender la culture huronne,
mais également de voir comment l'on menait la politique d'évangélisation dans ces terres du Nouveau Monde.
A recommander. Note: *****/5.
-Brébeuf de (Jean), "Ecrits en Huronie", bibliothèque québécoise, 2003, 359 p.
Autre ouvrage passionnant sur ce thème, celui d'un autre missionnaire français du XVIIème siècle Gabriel Sagard :
-Sagard (Gabriel), "Le grand voyage du pays des Hurons", bibliothèque québécoise, 1999, 270 p.